DE LA BONNE SOCIALISATION DU CHIOT


Tous les travaux menés sur le comportement du chien ne laisse aucun doute quant à l'importance des 12 à 14 premières semaines de sa vie pour son devenir comportemental . La pauvreté en stimuli environnementaux pendant cette période sensible peut avoir des conséquences irréversibles sur le comportement du chien . Les symptômes liés à cette carence sont communément décrits sous le vocable : "syndrome de chenil" car observés chez des chiens provenant d'élevages souvent isolés à la campagne où la nécessité de stimuler et d'habituer très tôt le chiot à des situations multiples et variées n'est pas suffisamment pris en compte . Les problèmes engendrés par un syndrome de chenil peuvent être générateurs de graves troubles du comportement chez l'animal - les morsures par peur, par exemple - qui vont conduire presque systématiquement à l'élimination physique du chien .

 

Le rôle de l'éleveur est prépondérant  dans la prévention du syndrome de chenil , car les 10 premières semaines de la vie du chien se passent à l'élevage .


Quoi de plus simple que d'agrémenter les aires d'ébats des chiots avec des jeux en plastique pour jeunes enfants du type camion, toboggan, tunnel, etc . ., de laisser jouer un transistor dans le chenil  ou la maternité, ensuite de mettre toute la portée dans une cage de transport, direction la ville la plus proche pour un petit séjour de quelques minutes dans un endroit animé . Trop souvent, la seul expérience de la voiture que les chiots aient fait, est la visite chez le vétérinaire, ce qui leur fait associer la voiture à une expérience douloureuse . 

 

La manipulation et la visite des chiots par des personnes étrangères à l'élevage va enrichir leur répertoire d'expériences précoces , avec quelques précautions élémentaires les risques sanitaires liés à cette initiative sont quasiment nuls . L'admission des jeunes chiens dans les lieux d'habitation de l'éleveur va leur permettre de se familiariser à la vie de la famille et aux activités afférentes . Les contraintes  résultant de cette démarche sont minimes au regard des avantages retirés . La faculté pour l'éleveur de vendre des chiots dont il pourra dire qu'ils sont bien socialisés est un plus pour son activité et sa réputation . Il fera des propriétaires satisfaits et des chiens bien dans leurs poils .

 

Mais attention ! Si le rôle de l'éleveur est déterminant dans le comportement du chien, celui du propriétaire l'est tout autant, et le laxisme ou la négligence de ce dernier peut réduire à néant tout le travail du premier

 

  L'arrivée du chiot chez ses nouveaux maîtres ne doit pas être suivi d'une quarantaine pendant laquelle l'animal est confiné à la maison sous prétexte que l'immunité vaccinale n'est pas encore acquise . Le maître n'a que trois ou quatre semaines voire, dans certains cas, que quelques jours pour parfaire ou simplement faire la socialisation de son petit chien . La fréquentation de lieux animés tels que centres commerciaux, marchés, gare, artères passantes, restaurants, etc . . et la confrontation à des événements nouveaux permettra au jeune chien d'acquérir l'assurance nécessaire à son équilibre comportemental .

 

La notion d'équilibre comportemental recouvre non seulement l'attitude de l'animal dans sa relation avec sa famille humaine mais aussi sa relation avec ses congénères . Les risques de désociabilisation résultant d'une absence ou d'une insuffisance de contacts intra-spécifiques est à prendre au sérieux pour le chiot quittant l'élevage . Si pendant la phase d'acquisition d'immunité le chiot n'a pas le loisir de se confronter à d'autres congénères et de mettre ainsi en oeuvre les codes sociaux appris dans la fratrie, ni d'obtenir un minimum de confiance en soi par des expériences stimulantes, la première rencontre avec un congénère  est dès lors  programmée pour se dérouler mal . Le schéma conduisant à cette désociabilisation est toujours le même : une quarantaine sanitaire telle qu'évoquée plus haut associée à un comportement trop protecteur de la part du maître . Une rencontre critique avec un autre chien a pour effet de renforcer l'humain dans la conviction que son chien court un risque à fréquenter ses semblables .

Le cercle infernal est fermé .

 

La fréquentation d'une structure où le chiot peut fréquenter d'autres chiens de son âge ou plus âgés est la parade au risque de désociabilisation . Il convient alors de rechercher un club où les chiens ont la possibilité de jouer ensemble en toute liberté dans un espace non confiné, c'est dans ces conditions que les animaux peuvent exercer leurs attitudes et leurs postures sociales et parfaire leur sociabilisation . Des exercices d'obéissance de base peuvent agrémenter ces séances mais il  ne faut pas en faire le but surtout pour de jeunes chiots qui ont des capacités d'attention limitées et chez qui toutes saturations conduisent a un blocage .

 

Ces structures qu'elles s'appellent classe de jeux pour chiots ou école des chiots ® , ou autre  ne sont pas encore assez nombreuses notamment au sein des clubs . Elles sont pourtant indispensables afin d'assurer un bon départ au couple humain/chien et améliorer la qualité de la relation du chien avec son environnement .

 

La connaissance de l'incidence des premières semaines et des premiers mois de la vie d'un chiot sur toute sa vie doit conduire les différents protagonistes : éleveur, propriétaire, dresseur, éducateur, vétérinaire, à être plus attentif quant au mode de vie de  l'animal, et a une meilleure approche de ses besoins sociaux . Pour parvenir à ce but une remise en question personnelle  ou une remise en cause des schémas convenus va parfois s'avérer indispensable .


La finalité d'une bonne socialisation est, il ne faut pas le perdre de vue,

le bien-être de l'animal .


Daniel Chervier, comportementaliste .


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